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Idex : c’est "sur la compétence et les projets" que le site de Lyon veut "construire une université intégrée"

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le 17 mai 2016 /

Par Cécilia Pandolfi Avec l'autorisation de l'AEF Dépêche n°536713 - Lyon, le 17/05/2016


"Nous construisons notre trajectoire sur la compétence et les projets. Depuis la construction du PRES, les politiques sont de plus en plus communes entre établissements", affirme Jean-François Pinton, président de l’ENS Lyon et porteur du projet d’idex du site. "Plutôt qu’un mécano pré-construit et décrété, nous travaillons sur des projets précis, et c’est comme cela que nous sommes en train de construire une université intégrée", confirme Khaled Bouabdallah, président de la Comue. Dans un entretien accordé à AEF, ils reviennent sur la mise en place des 8 "collèges académiques" à l’échelle du site, sur le lien avec le monde socio-économique ou encore sur la signature unique des publications. Après une idex probatoire obtenue en 2012 lors du PIA1 (le Palse, de 27 M€ sur 3 ans, lire sur AEF), le site candidate dans le cadre de la deuxième vague du PIA2 (lire sur AEF).

AEF : Vous avez déposé votre dossier idex le 22 décembre (lire sur AEF) et passerez l’oral en juin. Quel est aujourd’hui votre état d’esprit ?

Khaled Bouabdallah : Il y a une fierté collective avec tout ce qui a été réalisé, mais aussi de l’humilité car nous savons qu’il reste beaucoup à faire. Les actions de la Comue et de ses membres prouvent que notre modèle fonctionne. Prenons un exemple récent,
celui de l’accréditation de l’offre de formations présentée au Cneser le 19 avril (lire sur AEF) : assisté des VP, j’y représentais tous les établissements du site. Cela traduit bien leur capacité à travailler ensemble et la confiance accordée à la Comue.

Jean-François Pinton : Structurer l’offre de masters du site, à l’occasion de la campagne d’accréditations, a représenté un travail considérable. Nous sommes arrivés à près de 80 % de co-accréditations. Cette carte des masters est un résultat parmi d’autres de notre mode d’action par projets.
Une alliance d’écoles d’ingénieurs

Lyon "est sans doute le seul site" à bénéficier du travail commun de 16 écoles d’ingénieurs, souligne Khaled Bouabdallah. Ces établissements ont signé la création en février d’une alliance (lire sur AEF).

AEF : Le jury a arrêté deux idex du PIA 1, dont il a jugé la gouvernance et l’intégration trop faibles (lire sur AEF). Cela vous amène-t-il à revoir vos ambitions et votre "université cible" ?

Khaled Bouabdallah :
Nous avons bien évidemment analysé avec la plus grande attention les résultats du jury. Notre site est complexe, avec plusieurs grandes universités et de très nombreuses et fameuses grandes écoles. Notre université cible est une université intégrée, et nous comptons bien montrer que le haut niveau d’intégration que nous visons répond à l’exigence d’une université de recherche de rang mondial.

AEF : Le président du jury des idex Jean-Marc Rapp explique qu’il souhaite "comprendre la trajectoire" institutionnelle d’un site (lire sur AEF). Quelle est celle de Lyon ?


Jean-François Pinton :
Nous construisons notre trajectoire sur la compétence et les projets. Depuis la construction du PRES, les politiques sont de plus en plus communes entre établissements, que ce soit pour l’international, le doctorat, l’entrepreneuriat, etc.
Les programmes et les collèges académiques poursuivent et accentuent cette dynamique d’intégration du site.

Khaled Bouabdallah : Plutôt que d’imposer, il faut parier sur la valeur ajoutée à faire ensemble. Plutôt qu’un mécano pré-construit et décrété, nous travaillons sur des projets précis, et c’est comme cela que nous sommes en train de construire une université intégrée. Ce que nous avons déjà réussi avec le Palse a permis de franchir des étapes déterminantes pour l’avenir du site et nous avançons désormais "en mode idex" vers l’université pertinente à l’échelle internationale.
Des journées de benchmark

Une visite à Cambridge et Oxford en mai, puis une journée de benchmark avec des universités de recherche étrangères en juin, doivent permettre de "développer les collèges académiques en s’appuyant sur les pratiques des universités à l’international".

AEF : Selon le rapport Maystadt sur le PIA 1, "une gouvernance fédérale forte (…) implique au minimum une politique RH unifiée" (lire sur AEF). Qu’en pensez-vous ?

Jean-François Pinton : Pour une politique RH ambitieuse, nous avons développé des outils d’attractivité académique, comme les "packages" [lire sur AEF] qui ont permis l’installation de 7 nouvelles équipes de recherche de haut niveau sur le site (2). En direction de jeunes talents que nous avons attirés en 2015, nous venons de lancer un autre programme ("Impulsion") pour soutenir leurs activités.

Khaled Bouabdallah :
Outre ces instruments d’attractivité, nous avons la prospective qui va être confiée à nos collèges académiques. Nous souhaitons que la politique RH soit de plus en plus pertinente au niveau des collèges, donc à l’échelle du site. C’est le sens que nous donnons à une politique RH unifiée.

AEF : Où en est la mise en place de vos 8 collèges académiques ? Quelle sera l’articulation avec les établissements ?

Jean-François Pinton : Une feuille de route commune a été définie. Les missions des collèges pour 2016 consistent à conduire une analyse (1) sur plusieurs sujets : la pédagogie, l’interdisciplinaire, les évaluations, la recherche, etc. Et ensuite à produire un document de prospective d’ici la fin de l’année, avec des recommandations concrètes et un plan d’actions. L’objectif est aussi de proposer des priorisations sur les campagnes d’emplois des établissements en 2017.

Khaled Bouabdallah : Avec ces collèges, c’est une véritable transformation structurante du site qui s’opère. Pour la première fois que nous aurons une vision prospective à l’échelle du site, c’est un pas considérable. Les établissements se sont déjà engagés, par un vote de leur CA, à faire instruire les avis rendus par les collèges par leurs instances et ils adopteront, d’ici l’été, la charte de fonctionnement des collèges.
4 projets d’Instituts Convergence

Pour les candidatures aux Instituts Convergence (lire sur AEF), Lyon "a suivi la même méthode que pour ses 12 labex, explique Jean-François Pinton : les VP ont préparé des dossiers et le bureau de la Comue a rendu les arbitrages". Sur 7 lettres d’intention, 4 projets ont été retenus, qui correspondent aux thèmes du site (santé, ingénierie,urbanité). "On retrouvait déjà cette vision associant formation et recherche avec les 13 programmes listés dans notre candidature idex (lire sur AEF)."

AEF : Depuis le 1er janvier 2016, le doctorat est délivré par la Comue, qu’est-ce que cela change ?

Khaled Bouabdallah : Nous avons l’ambition d’attirer des doctorants du meilleur niveau et du monde entier, d’où l’intérêt de promouvoir la marque UdL. Le collège doctoral propose des actions de formation et d’insertion communes aux 17 écoles doctorales du site [lire sur AEF et AEF]. Les établissements, qui accueillent les doctorants au sein des laboratoires, contribuent pleinement à leur formation. Nous avons un comité doctoral qui réunit les chefs d’établissements et définit les orientations de cette politique.

 

AEF : Le rapport HCERES sur la Comue indique que vous êtes à 40 % de signature unique des publications, comment comptez-vous progresser (lire sur AEF) ?

Khaled Bouabdallah : L’utilisation d’un même modèle de signature par tous les chercheurs est inscrite dans les statuts de la Comue, c’est stratégique pour la visibilité internationale de notre recherche. Avec l’adoption en décembre dernier d’un protocole de signature désormais diffusé dans les établissements, nous passons à la vitesse supérieure et on peut espérer 100 % de signature commune d’ici 2 ans.

Jean-François Pinton : Le suivi des publications ne sert pas qu’au reporting, c’est aussi un outil de pilotage scientifique. Nous avons lancé un chantier de visualisation de la recherche menée sur le site, avec un outil (de l’Institut rhône-alpin des systèmes complexes) qui met en évidence les co-citations. Une fois ces liens repérés, on peut encourager des communautés à dialoguer et faire émerger des sujets pluridisciplinaires.

AEF : Le rapport HCERES estime que votre fondation "n’a pas encore donné la mesure de sa capacité à lever des fonds", avez-vous avancé sur ce point ?

Khaled Bouabdallah : Entre la recherche partenariale, les contrats Cifre, la taxe d’apprentissage ou encore les chaires, le lien avec les entreprises est déjà très fort et elles nous soutiennent à hauteur de plus de 120 M€. La question est d’arriver à un niveau de dialogue amont avec le monde économique qui permet d’orienter une partie de cet argent vers nos sujets prioritaires.

Jean-François Pinton : On ne va pas inventer de l’argent supplémentaire de la part des collectivités ou des entreprises, mais nous leur proposons de faire les arbitrages ensemble. Maintenant que l’Université de Lyon est un interlocuteur reconnu et respecté, nous pouvons améliorer l’organisation du paysage et nos performances collectives. Nous avons des échos favorables depuis l’an dernier et de très bons espoirs que cette idée prenne effet.
Une logique de "cobranding" entre la Comue et ses membres

L’Université de Lyon a présenté une nouvelle identité graphique fin janvier, "qui s’inscrit dans le marketing territorial bien installé d’Only Lyon". Le logo signe les projets et actions structurantes comme la Fabrique de l’innovation et les collèges académiques. Les tablissements membres de la Comue se sont engagés dans une logique de "cobranding" [utiliser le logo de l’UdL accolé à celui de l’établissement]..


(1) De premiers événements scientifiques sont déjà organisés : les rencontres du collège "Éducation, cognition, langage" ont réuni
près de 130 participants en janvier, celles du collège "Sciences de la vie et médecine" ont commencé fin mars, etc.
(2) Lauréat d’un de ces packages, Jean-Louis Bessereau a été retenu pour un financement "advanced grants" de l’ERC en avril 2016