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Portraits d’étudiants syriens : interview de Haneen, étudiante à l’Université Jean Moulin Lyon 3

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En 2015, dix étudiants syriens quittaient leur pays, en proie à une guerre civile dévastatrice, pour la France, afin de poursuivre leurs études dans des conditions décentes. Deux ans après leur arrivée, il est temps de faire un premier bilan de leur expérience.

Contexte

L’Université de Lyon, la Métropole de Lyon, la Région Auvergne-Rhône-Alpes et le Collectif universitaire pour l’aide aux étudiants syriens lançaient en 2015 un programme de soutien d’envergure à la fois financier, administratif mais aussi psychologique à destination d’étudiants syriens.

Son objectif ? Donner l’opportunité à dix étudiants syriens sélectionnés sur dossier de poursuivre leurs études en France, alors que la situation de crise en Syrie leur en empêchait.

Suite à une année intensive de cours de français au Centre international d’études françaises(CIEF) de l’Université Lumière Lyon 2, les étudiants ont pu intégrer à la rentrée universitaire 2016 un programme de formation spécifique en cohérence avec les études qu’ils ont pu suivre en Syrie.

Ces portraits n’ont pas vocation à revenir sur leur passé et la situation difficile en Syrie, mais de s’intéresser de plus près au parcours de ces étudiants, leur nouvelle vie en France, leurs projets et avenir.

Haneen, étudiante à l’Université Jean Moulin Lyon 3

Haneen a fait deux années d’études en psychologie en Syrie à l'Université Tichrine dans la ville de Lattaquié, au bord de la mer Méditerranée. Arrivée en septembre 2015, Haneen est actuellement inscrite en première année de licence de droit à l’Université Jean Moulin Lyon 3.

Bonjour Haneen, cela fait désormais deux ans que tu fais des études de droit, domaine d’études très difficile pour des étudiants étrangers, comment as-tu vécu cela au départ ?

C’était difficile de suivre les cours de droit et de comprendre les subtilités de la langue française dans certains cas. J’ai également dû prendre beaucoup de temps pour apprendre le vocabulaire et les formules du droit français.

J’ai surtout eu du mal au départ à rencontrer des gens car nous sommes très nombreux dans ma promotion. Je n’avais, au départ, que des connaissances. Nous avions des cultures très différentes.

Dirais-tu que tu as subi une sorte de choc culturel en arrivant ?

Oui, notamment au niveau des relations interpersonnelles. Je trouvais que les gens étaient très individualistes. De manière générale, je n’ai pas trouvé que les gens étaient très sympathiques. Les gens n’avaient notamment pas de patience dans les magasins. À mon arrivée, je me rappelle m’être fait disputer par une caissière de supermarché car je n’allais pas assez vite, mais tout cela était nouveau pour moi !

Rassure-nous, ta situation s’est arrangée ?

Oui bien sûr ! Heureusement, j’ai aussi rencontré d’autres personnes, notamment des étudiants en master de mon université, qui étaient plus ouverts à la discussion et l’actualité internationale. Ces personnes m’ont aidé à trouver des mécanismes pour m’adapter à ma nouvelle vie en France. J'ai dorénavant de véritables amis lyonnais !

Est-ce que ces amis t’ont fait découvrir la ville de Lyon, sa gastronomie ?

De manière générale, je n’aime pas vraiment la gastronomie française, notamment le fromage. J’adore, en revanche, les viennoiseries et notamment les croissants aux amandes. Je vais régulièrement à la boulangerie proche de ma résidence, et les vendeurs savent à l’avance ce que je veux !

C’est très bien ; tu as pris tes habitudes à Lyon, est-ce que cela t’a pris du temps de t’adapter à ce nouvel environnement ?

J’ai détesté Lyon à mon arrivée mais cela était profondément lié à ma situation personnelle. Je me suis retrouvée en France séparée de ma famille, j’étais déprimée. J’aime beaucoup Lyon désormais, c’est une ville à la qualité de vie très agréable. Je suis récemment allée en Allemagne, et je me suis dit « Non je préfère Lyon », c’est ma ville.

Maintenant que tu connais bien Lyon, as-tu eu le temps d’élargir tes horizons et de faire des visites, notamment dans la région ?

J’aimerais beaucoup visiter d’autres endroits de la région. Les gens m’ont parlé de la ville d’Annecy notamment, qui a l’air d’être très belle. Mais mes études me prennent beaucoup de temps…

Tu es actuellement en licence de droit, est ce que tu comptes poursuivre tes études en France à la fin du programme du soutien ?

Je souhaite tout d’abord finir ma licence de droit en France car même s’il y a quelques différences, le système de droit syrien est relativement proche du droit français.

À long terme, je souhaite devenir avocate et pratiquer le droit en Syrie. Je souhaiterais, si possible, me spécialiser dans le droit de famille ou bien faire un master en droit international.



Retrouvez les dispositifs de soutien aux étudiants syriens à l'Université de Lyon