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"Nous décortiquons d’infimes moments : un regard, un souffle."

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« Nous décortiquons d’infimes moments : un regard, un souffle. » Véronique Traverso est directrice de recherche au CNRS, membre de l’un des deux laboratoires du LabEX Aslan : le laboratoire ICAR (Interactions, Corpus, Apprentissages, Représentations). Elle est spécialiste du langage et des interactions.


Sur quoi portent vos recherches ?
J’étudie le langage au sens large. Je ne m’intéresse pas seulement aux mots prononcés mais aussi à tous ces signes qui composent un discours : le silence, la mélodie d’une phrase, les hochements de tête, les regards, un geste de la main… J’observe comment ces éléments sont perçus par l'interlocuteur et jouent sur sa réaction. Nos enquêtes sont toujours liées à une situation sociale particulière. Car, selon le contexte, on ne s’exprime pas de la même manière. On met une identité différente en jeu. Nous travaillons sur des cas variés : conversation ordinaire, réunions d’architecte, visites guidées, interactions dans les commerces, réunions plurilingues, etc.

A quoi servent vos travaux ?
A mieux comprendre le système du langage, qui est d’une finesse incroyable. Et à partir de là, à identifier la complexité des pratiques mises en oeuvre et les attitudes favorisant l’échange. En ce moment, par exemple, dans le cadre d’Aslan, nous travaillons sur les consultations médicales des migrants non francophones, nécessitant un médiateur. Nous souhaitons repérer les ressources que l’individu – et ses proches – mobilisent pour se faire comprendre. Avec, un objectif, à la clé : élaborer une formation à destination des interprètes ou du personnel soignant.

D’autres exemples de projets ?
Toujours avec le LabEX, nous collaborons avec une association d’orthophonistes, pour étudier les interactions entre les personnes aphasiques (ayant perdu leurs capacités de langages) et les aidants. Là encore, il s’agit d’en retirer des recommandations concrètes. De mettre au jour les comportements qui vont inciter ces personnes à s’exprimer, quels que soient leurs moyens, ou, au contraire, les pousser à se renfermer.

Concrètement, comment procédez-vous ?
Nous filmons la situation en question. Puis, retranscrivons tout ce que les participants produisent : le moindre mot, le moindre souffle, perçu par l’interlocuteur est indiqué. Nous examinons comment tout cela s'organise. Nos innombrables heures d’enregistrements et leur transcription sont aujourd'hui regroupées dans une base de données, unique en France, mise à la disposition de la communauté de chercheurs.

Vous réalisez un travail de fourmi…
Oui, nous décortiquons de micros-moments. D’infimes processus de communication. C’est passionnant. On réalise à quel point tous les signes que l’on émet influent sur le comportement de notre interlocuteur, sans qu’aucun des deux n’en ait nécessairement conscience. La dimension humaine de nos enquêtes est aussi importante. Nous ne restons pas tout le temps enfermés à regarder des films ! Il faut choisir son terrain, comprendre son fonctionnement, rencontrer les acteurs, gagner leur confiance… Quand on arrive à les impliquer dans nos recherches, c’est super. Cela donne du sens à notre travail.

Que vous apporte un dispositif comme le LabEX Aslan ?
C’est d’abord une source de financement non négligeable. C’est aussi un moyen, via les nombreux appels à projet proposés, de découvrir les sujets traités par les laboratoires voisins. La dynamique est forte à Lyon autour du langage. Chaque année, nous organisons 2 ou 3 journées transversales. La prochaine aura lieu en janvier, sur la santé. J’en attends beaucoup, pour enrichir nos méthodologies.

Propos recueillis par Caroline Hamon

Thématique : Portrait de LabEx


La LabEx ASLAN

Acquérir et utiliser une langue requiert des processus cognitifs complexes et adaptatifs. Le LabEx ASLAN analyse les dynamiques à l’œuvre aux niveaux individuel et interindividuel, au cours de l’acquisition, de l’apprentissage et de la différenciation du langage, de sa détérioration (dans le cas de pathologies ou du fait du vieillissement), de son usage dans des interactions.

Aslan regroupe 2 grands laboratoires de linguistique de renommée internationale, représentant au total près d’une centaine de chercheurs et ingénieurs titulaires et environ 150 doctorants et jeunes chercheurs contractuels.

Contact

Christèle Izoard-Martin,
chargée de mission Recherche - Université de Lyon
christele.izoard-martin@universite-lyon.fr