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"Nous développons un vaccin contre Ebola et la rougeole"

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Sylvain Baize est directeur du Centre national de référence des fièvres hémorragiques virales (Institut Pasteur), chercheur au Centre international de recherche en infectiologie et membre du comité de pilotage du Laboratoire d’Excellence ECOFECT. Chercheur et homme de terrain, il est l’un des plus grands spécialistes des virus Ebola et Lassa.


Votre laboratoire a été le premier à identifier le virus Ebola de Guinée en mars dernier. Où en est la recherche pour guérir ou prévenir la maladie ?

Aucun traitement, ni vaccin, n’existe à ce jour. En lien avec une équipe de Paris, nous sommes en train d’élaborer un vaccin contre Ebola et la rougeole. L’association des deux nous permet d’aller plus vite dans la phase de tests - le vaccin rougeole est déjà très utilisé - et présente un intérêt économique important, surtout en Afrique. A l’étranger, deux autres « candidats vaccins » sont en cours de test. Le GSK britannique pourrait être disponible courant 2015. Mais il présente certains inconvénients et une moindre polyvalence. Quant à l’autre candidat-vaccin, il n’a encore jamais été testé chez l’homme.

Aucun remède n'a été mis au point depuis la découverte du virus, en 1976. Pourquoi ?
Les financements manquent. Hormis la pandémie actuelle, il n’y a eu que peu de cas, 2 000, en quarante ans. Et puis, les populations touchées étaient jusqu’alors éloignées ; elles ne représentent pas un marché pour les industriels. Il faut dire aussi que ces recherches sont très onéreuses. Les tests se font sur des primates, en labo ultra sécurisé, de niveau P 4. Rien à voir avec la souris !

Sur quels autres axes travaille votre laboratoire ?
L’actualité nous a fait reprendre nos recherches sur Ebola, mais c’est surtout une autre fièvre hémorragique que nous étudions : la fièvre de Lassa. Proche du virus Ebola, le Lassa sévit dans les mêmes pays d’Afrique : Libéria, Guinée, Sierra Leone… Là encore, il n'existe pas de vaccin. Nous essayons de comprendre les mécanismes, qui conduisent du virus aux symptômes, puis des symptômes à la mortalité. Nous voulons comprendre pourquoi certains survivent, d’autres non. Nous travaillons aussi sur le diagnostic de la maladie, en développant, par exemple de nouvelles méthodes pour une identification rapide du virus, au lit du patient.

Que vous apporte le LabEx Ecofect ?
Son intérêt premier, c’est de favoriser l’interdisciplinarité. L’un de nos projets est de nous associer avec des écologues, pour comprendre comment le virus Ebola se transmet chez l’homme par les animaux. La thèse la plus probable est celle d’un virus véhiculé par les chauves-souris contaminant les hommes et les singes, mais nous connaissons mal sa dynamique de circulation. Cette étude nous permettrait de mesurer, par exemple, le risque qu’il y a, pour certaines populations, à vivre près de ces mammifères et à en consommer pour son alimentation.

Qu’est-ce-qui vous a amené à travailler sur ces questions ?
Au départ, j’étudiais les parasites. Mais, parti en coopération au Gabon, je me suis retrouvé en pleine épidémie d’Ebola, en 1996. Nous avons alors mis en place un laboratoire sur place, travaillé avec les médecins locaux, diagnostiqué les malades… C’est ainsi que mes premières recherches sur le virus ont commencé. Cette expérience m’a passionné. J’ai changé de sujet de thèse pour me consacrer aux fièvres hémorragiques.

Qu’est-ce-qui vous passionne tant ?
D’être à l’interface du terrain et de la recherche fondamentale. Cet automne, je retourne en Guinée pour installer un laboratoire d’analyse biologique aux standards européens, au cœur de la forêt guinéenne. Là même où l’épidémie Ebola a démarré. Il s’agit d’être au plus près des malades. C’est un enjeu de santé publique. Une nouvelle fois, tout est à construire.


Propos recueillis par Caroline Hamon

Thématique : Portrait de LabEx


Le LabEx ECOFECT

Les maladies infectieuses restent une cause majeure de mortalité dans le monde, un problème pour la gestion de la faune sauvage et des animaux domestiques. Pour mieux les prévenir et les soigner, l’ambition d’ECOFECT est de promouvoir des stratégies de luttes innovantes en replaçant le pathogène dans la complexité de son environnement. Un aspect crucial d’autant que les changements environnementaux sont en train de bouleverser le paysage épidémiologique mondial.

Ecofect regroupe environ 150 chercheurs de différentes disciplines : virologues, bactériologistes, immunologistes, cliniciens, écologues et évolutionnistes, appartenant à 11 institutions scientifiques, médicales, vétérinaire ou agronomique.

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