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"Nous étudions pourquoi les cellules cancéreuses refusent de mourir"

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Portrait de LabEx

Directeur du laboratoire d’excellence DEVweCAN, Patrick Mehlen est directeur adjoint et chercheur au Centre de recherche en cancérologie de Lyon (CRCL).


Sur quoi portent vos travaux ?

Je m’intéresse à la façon dont nos cellules meurent. Notre corps est constitué de milliards de cellules qui naissent et meurent en permanence, avec une durée de vie de 24 heures à plusieurs années, selon les organes. Dans le cas des cancers, ces cellules refusent de mourir, ce qui engendre une pathologie. On essaye de comprendre pourquoi et de concevoir des médicaments qui vont « réengager » ces cellules dans un processus «d’autodestruction».

Concrètement, quels sont les mécanismes en jeu ?
La cellule cancéreuse s’auto-entretient. Elle sécrète autour d’elle des hormones : des « ligands », qui la maintiennent en vie, en venant se fixer sur sa membrane, via des « récepteurs », présents à la surface. Notre travail consiste à fabriquer des candidat-médicaments qui vont empêcher ces ligands d’agir, en s’intercalant entre eux et leurs récepteurs. Privée de ses hormones, la cellule cancéreuse va mourir.

A quel stade en sont vos recherches ?
Sur la base de ce concept, nous avons conçu un certain nombre de candidat-médicaments, dont nous avons prouvé l’efficacité chez la souris. Nous allons maintenant tester l’un d’entre eux chez l’homme. Ces essais cliniques dits de « phase 1 », vont démarrer fin 2015 au Centre de lutte contre le cancer Léon Bérard. Ils concerneront une cinquantaine de patients. L’enjeu est énorme. Nous allons enfin savoir si les travaux que nous menons depuis quinze ans peuvent avoir des conséquences sur la santé publique. Nous restons prudents : rien ne nous dit que cela fonctionnera chez l’homme.

A quoi vous sert un dispositif comme le LabEx ?

C’est d’abord un important moyen de financement, qui nous a permis d’obtenir 12 millions d’euros pour nos 11 équipes de recherche lyonnaises de très haut niveau. Ce dispositif nous a également permis de monter une formation Master en cancérologie à l’Université Claude Bernard Lyon 1, à ce jour unique en France. Notre projet est d’intéresser les jeunes à cette thématique, en leur proposant un master dédié, avec une forte ouverture internationale. Le Master 1 a ouvert ses portes en septembre 2013, avec une promotion de 23 étudiants, venus de tous les horizons. Les trois spécialités de Master 2 ont démarré en cette rentrée 2014, avec une soixantaine d’étudiants. Une école doctorale en oncologie devrait également voir le jour. Mais des difficultés administratives et politiques retardent ce projet, pourtant très important pour la visibilité de l’Université de Lyon.

Plus jeune, vous rêviez de…
Dès ma première S, j’ai su que je voulais être chercheur. Je posais plein de questions à mes professeurs qui me répondaient « on ne sait pas mais des chercheurs y travaillent ». J’ai pensé qu’il me restait plein de choses à découvrir ! J’ai démarré par la recherche fondamentale, pour comprendre. Aujourd’hui, je cherche pour servir.


Jennifer Wischhusen, doctorante en 2e année, au sein de l’équipe de recherche Inserm « applications thérapeutiques des ultrasons »

« Mes travaux visent à développer une « échographie » permettant d’identifier les spécificités d’une cellule cancéreuse, et, donc les médicaments pertinents pour la traiter. Réussir à caractériser une tumeur est essentiel. Les traitements que nous développons sont coûteux : il s’agit de voir dans quel cas y recourir. Aujourd’hui, seule la voie du prélèvement permet de localiser les récepteurs présents sur la cellule. Une échographie serait un moyen plus simple et plus économique d’y parvenir. Je m’intéresse à un cas unique : le récepteur « UNC 5 ». D’ici 2016, je devrais avoir obtenu des résultats significatifs chez la souris. Avant de venir en France, j’étudiais dans un master de biologie cancérologie à Heidelberg (Allemagne), au sein d’un organisme pointu, le « German Cancer Research Center ». La dimension internationale du master DEVweCAN m’a attirée. J’ai candidaté par internet et obtenu une bourse sur trois ans pour ma thèse. »



Propos recueillis par Caroline Hamon.

Thématique : Portrait de LabEx