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A la rencontre de Roberto Vargiolu

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Entretien avec Roberto Vargiolu, Docteur, Ingnieur d'tudes au Laboratoire de Tribologie et Dynamique des Systme.

« Je crois que […] la connaissance n’est pas réservée à certains mais est accessible à tous pourvu qu’on sache comment la transmettre », Roberto Vargiolu, Docteur / Ingénieur d'études, Laboratoire de Tribologie et Dynamique des Systèmes (CNRS/Ecole Centrale de Lyon/ ENISE).

Vous êtes chercheur à l’Ecole Centrale de Lyon dans une discipline au nom bien étrange : la tribologie. Pouvez-vous nous nous expliquer de quoi il s’agit ?

C’est un nom compliqué qui désigne en réalité des choses très courantes ! La tribologie est la science des frottements, de l’usure, et donc des surfaces. Dans notre laboratoire, nous l’appliquons plus particulièrement à l’ingénierie des tissus vivants — nous sommes d’ailleurs Equipement d’excellence dans le domaine du vieillissement des tissus vivants— et à l’archéologie. En tribo-archéologie, nous cherchons à savoir comment s’usent les outils pour mieux comprendre comment ils ont été fabriqués et à quoi ils ont servi. Ce sont certes des domaines très différents, mais ils se trouvent parfois reliés comme lorsqu’on travaille sur les momies, à la demande du Musée du Louvre !

Pouvez-vous détailler une application concrète ?

Nous avons par exemple travaillé avec le Musée Gallo romain de Lyon sur la Table claudienne. Il s’agit d’une plaque de bronze bien connue des Lyonnais, datant de 48 après J.-C., sur laquelle est inscrit un texte fondateur de notre histoire. C’est un peu la Joconde du Musée ! Or il y avait une énigme. Comment des lettres aussi parfaites ont-elles été inscrites dans un matériau aussi dur ? Nous avons conduit un programme de recherche sur deux ans et nous avons déterminé le procédé utilisé par les Gallo-romains. Ils ont d’abord réalisé un moule en cire, puis par la technique de la cire perdue, coulé le bronze pour obtenir une plaque portant les inscriptions ensuite retouchées une par une.

Vous êtes fortement impliqué dans la diffusion des connaissances au grand public, notamment à travers la Fête de la science. Comment transmet-on des savoirs tels que ceux-ci au grand public ?

Il faut partir de choses concrètes et manipulables qui parlent au public. La Table claudienne éveille facilement la curiosité par son énigme bien sûr, mais aussi parce qu’elle est un objet unique de l’histoire de France qui porte autorisation de la Gaule chevelue d’entrer au sénat romain. Nous avons cherché une approche ludique et nous avons eu l’idée de remplacer le bronze par du chocolat. A partir de moules réalisés en silicone alimentaire, et avec l’aide du chocolatier Weiss, nous avons expliqué la technique lors d’ateliers où les gens pouvaient fabriquer des copies en chocolat de la Table claudienne.

Qu’est-ce que ce lien avec le public vous apporte ?

C’est d’abord un juste retour des choses. Bien que nous travaillions à 80% sur fonds privés, nous sommes fonctionnaires. Il est donc normal de faire retour au public de notre activité et de partager le plus simplement possible nos connaissances. Ensuite, il est important de donner une autre image du chercheur, plus accessible, afin de supprimer les frontières. Enfin, je crois que nous devons nous efforcer de toucher un public le plus large possible pour ouvrir la science et la culture à un maximum de gens, notamment ceux qui n’ont pas l’habitude de ce type de rencontres.

Comment êtes-vous devenu tribologue ?

Un peu par hasard ! J’ai un parcours très atypique voire chaotique… J’ai commencé par faire un BEP d’électronique. J’ai passé mon bac, enchaîné avec un BTS, puis intégré l’Ecole centrale en tant que permanent. Ici, j’ai passé un diplôme universitaire de tribologie sur les sujets d’archéologie et enfin une thèse de doctorat. Mon intérêt pour la tribologie s’est donc formé au fil du temps. Mais je crois que ce parcours peu commun m’a rendu sensible à la transmission des savoirs, à la conviction que la connaissance n’est pas réservée à certains mais est accessible à tous pourvu qu’on sache comment la transmettre.

Propos recueillis par Ludovic Viévard, FRV100.

Thématique : Culture scientifique et humanits