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A la rencontre de Thierry Joly

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Des lapins aux lions, portrait dun chercheur "panoui".

Thierry Joly, vous êtes enseignant chercheur à l’Isara de Lyon, rattaché à l’unité cryobiologie VetAgroSup/IsaraLyon. Vous travaillez avec le service Science et Société de l’Université de Lyon/CCSTI du Rhône, sur le projet « Au fil des lions*». Comment s’est construite cette collaboration ?

Le service Science et Société travaille sur ce projet avec l’association « Les Mondes Vivants », dont je fais partie en tant que membre et dont l’objet est d’étudier les relations Homme/nature et homme/animal. Nous nous intéressons particulièrement au lion de l’Atlas, aujourd’hui disparu de son milieu naturel mais figure emblématique qui permet de s’interroger sur l’intérêt des réintroductions d’espèces sauvages : pourquoi sauver telle ou telle espèce ? Quelles sont les possibilités techniques et les conséquences d’une telle sauvegarde, à la fois sur le plan pratique et culturel ?
J’apporte dans ce projet ma contribution sur un plan scientifique, en offrant la possibilité de collecter et de congeler le sperme sur des animaux de zoo et de conserver les paillettes de semence dans notre cryobanque.
A la suite d’un parcours universitaire et d’une formation d’ingénieur Agro, je me suis intéressé aux biotechnologies de la reproduction. L’objectif est de sauvegarder la diversité génétique animale, considérée comme un patrimoine d’intérêt à la fois scientifique, écologique, économique et culturel. Pour atteindre cet objectif, nous réfléchissons aux différentes stratégies à mettre en œuvre pour préserver à long terme et avec un maximum de garantie sanitaire les populations animales, particulièrement les mammifères d’élevage, lapins, ovins, bovins, mais aussi d’autres animaux comme les lions ou les cobayes.
La technique générale employée est la cryopréservation dans l’azote liquide à -196°C : nous congelons des embryons, des cellules reproductrices ou des tissus d’animaux (fragment d’oreille par exemple), que nous conservons dans des cuves d’azote liquide. Ensuite, par insémination artificielle, transfert embryonnaire, greffe de cortex ovarien ou micro-injection, nous tentons d’obtenir de nouveau des descendants viables à partir de ces tissus décongelés.

De façon générale, comment envisagez-vous la diffusion scientifique ?


Je suis passionné par mes recherches, j’aime communiquer et j’essaie d’être utile à mes étudiants mais aussi à la société. Outre le plaisir du partage, il est important pour moi de contribuer à transmettre mes connaissances et d’échanger avec des publics variés. Il me parait nécessaire de rapprocher les scientifiques et le grand public, sans toutefois s’en remettre totalement aux journalistes.
Ces croisements de regards me questionnent, me font progresser, en évitant je l’espère, le risque de consanguinité de pensée quelquefois trop présent dans les communautés de chercheurs.
Par ailleurs, les travaux que je poursuis posent d’évidentes questions éthiques . Il est donc impératif d’expliquer les raisons de nos choix, de les mettre en débat, en interrogeant par exemple les frontières animal/humain. Un aspect rarement abordé lors des colloques réunissant uniquement des scientifiques…

Que vous apporte cette collaboration avec le service Science et Société de l'Université de Lyon ?


Une belle opportunité de développer mon champ d’application en travaillant sur ce projet culturel autour de la conservation des Lions ainsi qu'un cadre institutionnel me permettant d’élargir mes échanges auprès de publics très différents grâce aux conférences et activités de médiation développées par le service Science et société et auxquelles je participe.

 
Propos recueillis par Catherine Ambroise-Rendu

 * Au fil des lions est un projet culturel interdisciplinaire autour de la conservation des espèces sauvages, ici les lions autour de la figure « mythique » du lion de l’Atlas. Il invite les publics à explorer les multiples dimensions scientifiques et culturelles de notre relation à la nature afin de mieux comprendre les enjeux et la nécessité de la protection des diversités biologiques et culturelles. Un jeu et des rencontres avec des chercheurs sur ces thèmes seront proposées au Village des sciences au Double Mixte lors de la Fête de la Science du 21 au 24 Octobre prochain.