Accueil > Sciences & Socit


Dans les profondeurs de la chimie de surface

Share |

Dans le cadre du cycle de rencontres/dbats Et si on en parlait , le service Science et Socit de lUniversit de Lyon invite les citoyens une srie de promenades-dcouvertes sur le thme de la chimie (2011 a t dclare Anne Internationale de la chimie par lUNESCO). La premire dentre elles est consacre au laboratoire de chimie de lInstitut des Nanotechnologies de Lyon (INL). Plonge dans le laboratoire. Un reportage de Davy Lorans, charg de mission lien socit civile-recherche.

Samedi 14 mai au matin, devant le portail de l’Ecole Centrale, Pauline Lachapelle, médiatrice responsable du programme «Et si on en parlait», nous accueille. Nous sommes une douzaine. Nous formons un groupe mixte intergénérationnel, tous curieux et impatients d’explorer le laboratoire.

Le groupe pénètre dans l’antre des chimistes... Couloirs, escaliers, inscriptions des noms sur les portes : le cadre est à la fois propre, austère et quelque peu suranné. Pas de décor design, pas de gadgets high-tech dans tous les coins. Rien à voir a priori avec l’univers spectaculaire, façon "Les Experts", auquel on pouvait s’attendre.
Le groupe est conduit dans une sorte de salle d’étude équipée d’un tableau blanc. Des livres aux titres savants et abscons s’empilent sur les étagères. « Je vous garantis qu’il n’y aura pas d’interrogation écrite à l’issue de cette matinée ! », précise Jean-Pierre Cloarec. Il souligne ainsi d’emblée que cette rencontre n’est pas un cours magistral, mais l’occasion d’un dialogue. Ingénieur chimiste et biologiste de formation, notre hôte enseigne en chimie et en environnement.

« La surface masque la profondeur » (Oscar Wilde)


«L’Unité Mixte de Recherche, nous explique J.-P. Cloarec, rassemble des titulaires du CNRS et de l’Ecole Centrale appartenant au département Santé et biotechnologies. C’est un laboratoire dont la spécialité est la chimie des surfaces. Nous cherchons à modifier les surfaces de matériaux pour les rendre aptes à reconnaître des molécules chimiques ou biologiques. Ces travaux ont des applications importantes dans le domaine biomédical » En pratique, les chercheurs travaillent sur des échantillons de matière solide ou liquide dont la taille est plus ou moins équivalente à l’épaisseur d’un cheveu divisé par 1 000 !

Parmi les partenaires intéressés par les applications issues des recherches du labo, on compte l’Etablissement Français du Sang ou le Centre hospitalier Lyon-Sud. « Nous travaillons beaucoup avec les institutions de santé. Nous contribuons notamment au diagnostic médical, en permettant l’identification de nombreuses maladies ».

Place à l’action : une thématique, trois cas pratiques

Pour tenter de saisir ces liens étroits qui unissent chimie et biologie nous nous répartissons en trois groupes. Car pour nous faire appréhender ces disciplines scientifiques pointues que sont la biochimie et la biotechnologie, plusieurs points de vue nous sont offerts. A cet effet, J.-P. Cloarec s’est adjoint l’appui de deux jeunes et sympathiques doctorants du laboratoire, Rémi et Alice.

visite du laboratoire de chimie de l'INL 14 mai 2Rémi est québécois, étudiant à l’Université de Sherbrooke, partenaire de l’Ecole Centrale de Lyon. « Je ne connais rien à la chimie, déclare-t-il avec l’accent du Beau Pays, je suis ingénieur spécialisé dans le domaine électrique. »

Un aspect qui a son importance pour ses collègues chimistes. Il nous montre une sorte de Meccano géant (cf photo) qu’il utilise pour ses recherches : « le système de lames de verre connectées à un ordinateur sert à développer des systèmes de détection », explique-t-il. Suivant la fine pellicule de chrome, d’or, etc. qui est déposée sur une surface, les propriétés vont différer. Ce qui va permettre d’analyser plus finement les réactions chimiques que l’on choisit d’effectuer sur ces supports (ici, c’est par exemple la variation du taux de sucre dans de l’eau qui est mesurée).

Virus et bulles de savons…

Les deux visites suivantes enrichissent notre perception de l’activité quotidienne d’un laboratoire de recherche. Avec la découverte de l’emblématique salle de travaux pratiques, c’est tout le pan pédagogique du laboratoire qui nous est dévoilé. Pour Jean-Pierre Cloarec, chaque objet est le support potentiel d’un cours entier ! Et ce, encore plus devant un public pas spécialement expert en chimie.

visite du laboratoire de chimie de l'INL 14 mai 3Pour finir, Alice nous décrit sa thèse et la méthodologie qu’elle emploie. Pour trouver une alternative à certains vaccins, tel celui de la grippe, elle se penche (au sens propre comme au sens figuré) sur différents sucres, en cherchant celui qui sera le plus à même de « bloquer un virus dans un coin de l’organisme, et d’éviter ainsi la contagion aux organes vitaux. » Dans une pénombre probablement nécessaire pour protéger les échantillons, la doctorante enchaîne ses « remplissages de biopuces à l’aide de micropipettes », le tout relié à un ordinateur, élément désormais aussi inséparable de l’image du chercheur que sa blouse blanche.

La visite se termine par une discussion animée et riche. Question éthique : « Pourquoi travaillez-vous sur de l’ADN synthétique ? ». Réponse : « Cela évite de tuer d’énormes quantités de souris de laboratoire ! » Question économique : « D’où proviennent vos financements ? » Réponse politique : « Il ne faudrait pas que notre financement dépende uniquement d’appels à projets, comme cela est en train de se dessiner. L’idéal est par exemple d’alterner trois ans de recherche appliquée avec cinq ans de recherche fondamentale : les deux s’enrichissant mutuellement ! » Question de vie quotidienne : « Comment le produit vaisselle parvient-il à détacher la saleté ? » Réponse pédagogique : « C’est une histoire de composants chimiques hydromorphes ou hydrophiles. Pour comprendre, faites cette expérience chez vous : mettez de la poudre de café dans une assiette et lâchez-y quelques gouttes de détergent… Vous verrez comme tout s’écarte ! »

A la fin de la matinée les participants, souriants, remercient les chercheur du temps qu’il nous ont consacré « Nous avons aussi besoin de ce type d'échange, conclut Jean-Pierre Cloarec, c’est important pour nous chercheurs de comprendre comment les gens voient les choses, de prendre la température de la société ».

Voir aussi l'interview de Jean Pierre Cloarec


Copyright pour l'ensemble des photos : Thierry Fournier

Thématique : Culture scientifique et humanits