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Outils numériques et médiation scientifique

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Retour sur une journée d’échange et de réflexion collective

Les acteurs de la médiation scientifique s’intéressent aux outils numériques. Participatives, inventives, parfois même ludiques, ces nouvelles technologies offrent de formidables possibilités pour faciliter l’accès à la science, partager et construire collectivement des savoirs. Encore faut-il savoir comment bien les employer !

En quoi et comment les nouvelles technologies de l’information et de la communication peuvent-elles servir la médiation scientifique ? Pour tenter de répondre à cette question, le service Science et Société de l’Université de Lyon et le collectif Le Grand Mix ont organisé le 15 mars dernier à l’ENS de Lyon, une journée de discussion et de réflexion collective. Quelque 80 acteurs de la culture scientifique, des technologies numériques et de la recherche ont partagé à cette occasion leurs expériences et points de vue.
Les présentations riches et dynamiques de Maud Dalhem, pour le Muséum de Toulouse, Angélique Moreau, pour le réseau Tela Botanica et Sébastien Cursan  de Capsciences, à Bordeaux ont été très appréciées. Elles ont contribué à mettre en évidence quelques utilisations originales des technologies numériques pour la médiation culturelle et scientifique

Quelques clics pour un déclic…

Faciliter l’accès aux connaissances scientifiques par le développement de dispositifs intelligents, tout en proposant à chacun d’être acteur de ses apprentissages est l’un des objectifs majeurs de la médiation scientifique. Un objectif que le recours aux technologies numériques permet d’atteindre, comme le montre le site du Muséum de Toulouse. Décrit par Maud Dalhem comme étant « un des lieux du Muséum à part entière », on trouve notamment sur ce site des expositions virtuelles et un accès en ligne aux ressources documentaires du Muséum. Un service de personnalisation « Mon Muséum » offre à l’internaute la possibilité de référencer des pages pour construire, au gré de ses envies, intérêts et disponibilités, ses propres programmes de découverte en ligne.
Sur un site de médiation scientifique bien conçu, on peut ainsi en quelques clics découvrir, apprendre, comprendre, se passionner pour une question. On peut également partager avec d’autres l’objet de sa passion via les divers réseaux sociaux du Net. En termes de communication, investir ces réseaux c’est développer son audience, parfois de façon considérable, en touchant de nouveaux publics.

Des copains préhistoriques !


Comme Maud Dalhem l’explique : « Pour toucher les internautes, il faut aller là où ils se trouvent sur Twitter, Facebook, Youtube, Flickr, etc. » Des agoras virtuelles où les médiateurs scientifiques intéressent des publics autres que ceux des musées ou des manifestations traditionnelles (expositions, conférences, ateliers découverte, Fête de la Science...).
Mais, pour disposer dans ces univers plus ou moins intimistes d’une bonne visibilité et d’une certaine notoriété, encore faut-il trouver des idées attractives. C’est là où l’imagination et la créativité importent. En la matière, le Muséum de Toulouse ne manque pas de ressources ! Les deux squelettes retrouvés inhumés dans les réserves du Muséum à l’origine de l’exposition « Préhistoire[s], l'enquête » (jusqu'au 15 août) , ont ainsi ouvert un profil sur Facebook. Et nombreux ont été ceux désireux de se faire des amis vieux de quelque 7500 ans !
Etre présents sur les réseaux communautaires, et/ou créer des blogs spécifiques, offre aussi l’avantage d’ouvrir des espaces d’échanges. Des espaces utiles pour être à l’écoute du public, de ses remarques, attentes, réflexions. Des espaces précieux pour initier des débats citoyens autour de problématiques sciences et société. Des espaces très pratiques pour développer des actions collectives autour de desseins culturels.

De nouvelles formes de sociétés savantes ?

Internet se prête en effet particulièrement bien à l’élaboration de projets aux contributions multiples. Il peut s’agir simplement de lancer un concours photographique sur un thème qui donnera lieu à une exposition.
Mais il peut aussi s’agir d’élargir certains cercles scientifiques, en donnant la possibilité aux profanes de participer à des recherches d’envergure. C’est ce que réalise Tela Botanica. Ce réseau de botanistes francophones comptant quelque 11 000 membres promeut de nombreux projets collaboratifs de sciences citoyennes d’étude de la biodiversité. Des projets variés qui visent, par exemple, à mieux connaître les effectifs et la répartition de l’écureuil roux dans le Nord-Pas-de-Calais, à réaliser un atlas des amphibiens et reptiles en Bretagne, ou bien encore une cartographie des orchidées en France.
Tous les amateurs et observateurs de la faune et la flore sont invités à rejoindre ces études pour construire ensemble les corpus de données nécessaires au développement des connaissances. Se forment ainsi via Internet, de nouvelles sociétés savantes, vastes associations d’amateurs éclairés, de passionnés et d’érudits qui contribuent collectivement au développement des savoirs scientifiques.

Bien d’autres exemples d’appropriation du numérique par les médiateurs de la culture scientifique ont été présentés au cours de cette journée dense et stimulante. L’enthousiasme des participants, mais aussi la diversité des questions, des pratiques et des idées qui se sont exprimées lors des débats, laissent penser que cette rencontre a atteint l’un de ces objectifs : mettre en commun la diversité des expériences dans un souci de partage des enjeux et d’élaboration collective des solutions.
De quoi donner envie de prendre rendez-vous pour une nouvelle rencontre l’année prochaine !

Programme et intervenants de la journée


Table-ronde « Communauté » : Comment toucher les publics et faire en sorte qu’ils se sentent concernés et impliqués par les outils numériques développés ?
Intervenants : Maud Dahlem (Museum de Toulouse), Anne-Laure Collomb (Le Guichet du Savoir), Nicolas Loubet (Knowtex), Yves-Armel Martin (Erasme), Marie Picard (Téla-botanica), Béatrice Korc et Isabelle Forestier (Service Science et Société de l’Université de Lyon).

Table-ronde « Co-production » : Quelle participation des publics souhaite-t-on inciter en utilisant les outils numériques ?
Intervenants : Angélique Moreau (Colloque « Sciences citoyennes et biodiversité »), Gayané Adourian (Knowtex, Pris(m)e de tête), Pierre Mercklé (Liens Socios), Laurent Chicoineau (La Casemate, Grenoble), Gérard Wormser (Sens public), Pauline Lachapelle (Service Science et Société de l’Université de Lyon)

Table-ronde « Agrégation » : Quels sont les contenus choisis et regroupés en ligne par le médiateur et selon quels objectifs ?
Intervenants : Sébastian Cursan (Cap sciences), Corinne Hooge (Métropole des Savoirs), Antoine Blanchard (C@fé des Sciences, Deuxième labo), Arnaud Zohou et Guillaume Desbrosse (La Rotonde, St Etienne), Mélodie Faury (Service Science & Société de l’Université de Lyon)

Mise en perspective des discussions de la journée :
Joëlle Le Marec (équipe C2So, Centre Norbert Elias)

Thématique : Culture scientifique et humanités