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Rapprocher les campus de leur territoire

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Retour sur le diagnostic effectué à LyonTech-la Doua et Villeurbanne

Dans le cadre de l'appel à projets Université citoyenne et solidaire de la Région Rhône-Alpe, et avec le soutien de la Ville de Villeurbanne, l'Université de Lyon a réalisé, en 2010-2011, un diagnostic des liens existants et à construire entre le campus LyonTech-la Doua et la ville de Villeurbanne : « Un campus, Une ville : une relation à inventer ? ». Nous vous présentons ici les principaux enseignements tirés de cette expérience.



Un constat d’éloignement fort entre le campus et la ville...

L’étude menée sur le terrain par le GRePS, laboratoire de psychologie sociale de l'Université Lumière Lyon 2, a révélé l’éloignement important qui demeure entre le campus et la ville et entre le monde de la recherche et la société civile.

Pour la plupart des Villeurbannais, le campus reste un espace «mystérieux», « où on n’ose pas aller, on ne sait pas si on a le droit ». « Je vis sur le campus de La Doua depuis une dizaine d'années, et je serais incapable de vous dire quelle est leur spécialité. [...] C'est une faculté très scientifique, chimie, physique, d'accord, mais ça consiste en quoi ? », s’interroge un participant à l’étude. Si les cursus et filières universitaires constituent une énigme, les laboratoires de recherche – leur actualité et jusqu’à leur existence – semblent particulièrement mal connus des habitants : au cours des entretiens, le campus a été souvent associé à un lieu d’études, de vie ou de fête, mais quasiment jamais à un lieu de recherche. En retour, scientifiques et étudiants semblent mal informés de ce qu’ils pourraient découvrir à Villeurbanne.

Des problèmes d'aménagement de l'espace et d’information ? Pas seulement : les témoignages des habitants dessinent un paysage fracturé entre les scientifiques et « les autres », deux mondes présentés comme séparés et lointains. Par exemple, les étudiants sont perçus comme à part : « Les étudiants, […] je trouve qu'on est différent, qu'il y a une différence. Pour moi il y a deux mondes. Quand ils sont dans le tramway et que je les entends parler, je ne comprends rien, ils utilisent de ces termes ! ». Etudiants « dans leur monde », chercheurs « non ouverts aux autres », contenus scientifiques « compliqués, élitistes et non abordables »… les images et stéréotypes associés à la science et aux chercheurs génèrent ou amplifient une forme de réticence à connaître le campus et à vouloir s’y rendre. « J’ai l’impression que les gens n’osent pas y entrer parce que c’est un campus. Quand bien même, il n’y a pas de barrière. »

... qui invite à inscrire les efforts d’ouverture dans la durée

Si l’on souhaite réduire le fossé entre les « mondes », il apparaît crucial d’aider les populations à mieux se connaître et à s’ouvrir à l’échange. Des actions inscrites dans la durée sont nécessaires, pour engager des changements et tisser des relations entre chercheurs, étudiants et citoyens. Leur mise en œuvre suppose une mobilisation conjointe des acteurs du territoire (établissements du campus, acteurs culturels et sociaux, services municipaux, etc.) et une volonté politique d’accompagner l’ouverture sur le long terme.

© Eric Le Roux Service Communication UCBL

Des pistes d’actions concrètes


Au cours du projet, des temps d’échange et de réflexion ont permis de faire émerger des pistes d’actions concrètes en vue d’une meilleure intégration du campus dans la ville, parmi lesquelles :
  • Intégrer une rubrique « Des nouvelles du campus » dans le journal de la Ville (magazine VIVA de Villeurbanne).
  • Rendre plus lisibles les actions de la Ville en faveur des habitués du campus, notamment des étudiants (point d’accueil pour les étudiants étrangers notamment).
  • Promouvoir des formes originales de logement intergénérationnel, à l’instar de ce que propose l’Association de la Fondation Etudiante pour la Ville (AFEV) : mise à disposition de logements pour les étudiants en échange de permanence et d’animations dans les quartiers, création de logements étudiants au dernier étage d’une maison de retraite, etc.
  • Multiplier les actions de médiation tournées vers les populations éloignées socialement, culturellement ou géographiquement du campus, en renouvelant les formes de médiation proposées (voir notre article et notre vidéo sur le théâtre-forum).
  • Utiliser la recherche comme levier de médiation.

De nombreuses pistes d’actions à creuser et à concrétiser avec l’ensemble des acteurs du territoire. De son côté, l’Université de Lyon a décidé de travailler sous l’angle « médiation par la recherche », conformément à ses missions. Une recherche associant citoyens et chercheurs de plusieurs disciplines est actuellement développée sur le territoire. L’objectif : répondre à des besoins concrets de recherche, exprimés par une association villeurbannaise. Une façon de commencer à rapprocher les mondes…

En savoir plus sur cette recherche en cours
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Nathalie FABRE
 

Thématique : Culture scientifique et humanités


Les étapes-clés du projet

  • Un travail d’identification des acteurs locaux et initiatives de mise en lien existantes
  • Une enquête sur les représentations et les attentes respectives des habitants de Villeurbanne et des habitués du campus (enquête réalisée par le GRePS, laboratoire de psychologie sociale de l’Université Lyon 2)
  • L'organisation d'une rencontre-consultation entre monde associatif, acteurs de la recherche et représentants de la municipalité
  • La mise en place, à titre expérimental, d’ateliers de théâtre-forum et d’une soirée-spectacle sur le thème « Quand des Villeurbannais, des étudiants et des chercheurs se rencontrent, quelles histoires vont bien pouvoir germer ? »

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