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Une Xylocope dans mon filet à papillons

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Observer les abeilles sauvages en ville.

Le service Science et Société propose aux lyonnais curieux de découvrir les abeilles sauvages du parc de Gerland. Une après-midi sous le soleil pour s’apercevoir que la vie de ces abeilles citadines ne ressemble que très peu à celle de la célèbre Maya ! Un reportage d'Isabelle Bonardi, responsable adjointe du service Science et Société.

Nous sommes une quinzaine ce samedi 16 avril à la Maison des fleurs dans le parc de Gerland. Notre objectif : observer les abeilles sauvages, apprendre à les reconnaître, comprendre pourquoi on en trouve en ville et comment elles y vivent.
A peine la balade commencée, un coup de chance ! Fred, notre animateur spécialiste des insectes, attrape avec son filet à papillon… une abeille. Et pas n’importe laquelle puisqu’il s’agit d’une Xylocope, ou abeille charpentière, la plus grosse des abeilles françaises. Elle peut mesurer plus de 3 cm. Elle est tellement imposante, qu’un néophyte peut aisément la confondre avec un bourdon ou un frelon.
En l’espace de quelques minutes et sans nous éloigner beaucoup de notre lieu de rendez-vous, nous identifions sur les platebandes fleuries six abeilles sauvages de différentes espèces. En France, on compte plus de 1000 espèces d’abeilles sauvages pour une espèce d’abeille domestique.
Intrigués par notre manège, quelques enfants nous rejoignent et se prêtent, d’abord craintivement puis avec enthousiasme, à l’étude des spécimens recueillis. Kaïs, 11ans abandonne sa trottinette pour passer le reste de l’après-midi avec nous.

Nous apprenons que seule la femelle abeille pique. Le dard est le vestige d’un organe de ponte dont elles ne se servent qu’en cas de danger. Mais, par précaution, Fred ne place entre nos doigts que des mâles. Une expérience étonnante : l’abeille vibre et il faut être adroit pour la tenir convenablement, sans appuyer trop fort pour ne pas l’écraser. On apprend à différencier les genres. Les femelles sont reconnaissables à leur plastron et leurs pattes velues où se loge le pollen qui nourrira les larves. « Et font-elles du miel ?», demande un participant. Et bien non, les abeilles sauvages ne produisent pas de miel. Contrairement aux abeilles dites domestiques, elles ne vivent pas dans une ruche et sont presque toutes solitaires. La plupart nichent dans le sol, dans des tiges creuses ou des branchages.

Dans la peau d’une abeille sauvage…

jeu sur le thème des abeilles sauvagesAprès cette promenade d’observation, nous nous retrouvons à la Maison des fleurs pour participer à un jeu de société. Dans un premier temps il nous faut inventer une ville avec des transports en commun, des habitations, des parcs et espaces verts, des commerces et bureaux… Puis nous changeons de rôle et devenons … des abeilles. Je suis pour ma part une femelle Anthophore, une grosse abeille cousine des bourdons mais moins vivement colorée.
Mon objectif : trouver un nid, un mâle et du pollen pour nourrir mes larves. Un projet d’existence pas si éloigné de celui d’une célibataire de 30 ans…
Est-il facile pour moi maintenant de vivre dans la ville que nous avions imaginé, de m’y reproduire ? Là où nous pensions bien faire, en dotant l’espace urbain de parcs et de jardins partagés, nous nous rendons compte que du point de vue de l’abeille, la présence de produits phytosanitaires (pesticides) dans ces zones de verdure est synonyme de mort assurée !
Les immeubles peuvent-ils accueillir des abeilles ? Oui, pourquoi pas s’ils sont conçus avec des matériaux d’éco-construction. Les abeilles y nichent alors commodément.
Après avoir subi plusieurs échecs dans ma quête existentielle, faute de pouvoir avancer dans des zones dangereuses ou polluées, j’arrive enfin à trouver mon nid dans un parc, du pollen et surtout mon mâle : Kaïs. Celui-ci s’avère volage ! Ravi de gagner des points grâce à notre rencontre, il part ensuite rapidement à la recherche d’une autre femelle à féconder !
Grâce à ce jeu, j’apprends ce qui est réellement important pour la vie des abeilles citadines. Des connaissances très éloignées de mes a priori.

nichoir à abeillesLe jeu terminé, le groupe se réunit autour des nichoirs à abeilles sauvages, installés dans le parc*. Pendant que Kaïs s’exerce à attraper des abeilles et autres insectes avec le filet à papillons, une discussion s’ouvre sur la place de la nature en ville et la place de l’homme dans la nature. Vaste débat ! Protéger la biodiversité semble être une préoccupation partagée.
« Mais que peut-on faire à notre échelle pour protéger les abeilles ? », demande un participant. Pas grand-chose, si l’on considère que la quantité d’insecticides due aux activités privées (jardinage) ne représente que 10% des produits utilisés. Les 90% restant étant dus à l’activité agricole professionnelle. De grandes choses, si la prise de conscience actuelle quant à la nécessité de préserver la nature gagne l’ensemble de la population.
Alors on peut espérer que le respect et la sauvegarde de la biodiversité animeront l‘ensemble des politiques, tant locales que nationales, pour le plus grand bénéfice des abeilles et de l’humanité.


* Ces nichoirs et ces animations sont réalisés dans le cadre d’un projet européen Urbanbees dont l’objectif est de sensibiliser les populations à l’importance du maintien des abeilles sauvages en milieux urbains et périurbains, conditions nécessaires à leur survie.

Participez, vous aussi, à la prochaine balade le 25 juin 2011.
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